Visages
Éclats de visages
Photographies d’album de famille par milliers dans des cartons lors de vide-greniers
Instants de vie et de situations
Singularités
Cartes postales collées sur un mur long et haut de plusieurs mètres représentant des paysages, des marchés, des scènes, des personnages
Éclats d’histoires
Instantanés de vies
Le temps d’alors
L’époque
Hier et aujourd’hui
Mais pour demain ça, pas encore
L’argentique puis le numérique
Les albums en stockage sur la Toile
Le réel déréélisé arrangé modifié faussé perverti
Le qui n’existe pas existé par la technologie et par l’Intelligence Artificielle
Le demain imaginé
L’hier interprété reproduit par la technologie
Ayant été vécu par des gens qui ont existé
Les nostalgies d’un avant
Et d’un demain auquel on rêve
L’impermanence
L’immanence
Ce qui s’en est allé ne reviendra jamais
Ayant pourtant existé
Le souvenir
Qui n’est pas le même à trente ans qu’à cinquante qu’à quatre-vingt
Ça en fait tout ça
Du roman
De l’imaginaire
De l’attente
Du perdu
De l’oublié
Assis sur un banc
Un ciel floconneux
Ce silence empli de voix que l’on n’entend pas
L’horloge de l’église du village arrêtée à deux heures moins le quart
Et cette pie
Sans son pihi
Qui trottine puis s’envole
Dans le ciel qui a tout bu
Et a eu à chaque instant de chaque jour
Des contours et des couleurs et des formes de nuages différents et d’une seule fois en quatre milliards d’années
Ce qui s’en allé ne reviendra jamais
Mais à vrai dire revient toujours reformé revisité revécu recoloré redimensionné rescénarisé
Dans l’histoire qui aujourd’hui se fait
Qui demain se fera
Tous les chatons de douze jours ont le même regard
Ils auront comme leurs géniteurs grandets devenus les mêmes mouvements d’oreilles de queue selon leurs humeurs leurs peurs leur surprise
Mais ils sont tous chacun d’eux ces minous d’une seule fois tels qu’ils sont, si différents les uns des autres, d’une seule et unique fois dans une longue, très longue « éternité provisoire »