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  • Les enfants de la Terre, de Jean M.Auel

    À la lecture de toute la série des 6 volumes : le clan de l’ours des cavernes, la vallée des chevaux, les chasseurs de mammouths, le grand voyage, les refuges de pierre et enfin le dernier de la série le pays des grottes sacrées… Dont les deux personnages principaux sont Ayla et Jondalar ; l’auteur Jean M.Auel dans le récit qu’elle fait -et d’ailleurs c’est ce qui est annoncé dans le premier livre à savoir que cette histoire des enfants de la Terre « se situerait il y a 35 000 ans »…

     

    Or, il y a 35 000 ans c’était le début de la civilisation – société-culture, des Gravettiens ; de ces Gravettiens que peut-être l’auteur Jean M.Auel a « assimilé » - sans doute délibérément pour le caractère « romanesque » de l’histoire, aux Solutréens qui eux, vécurent entre -22 000 et – 17 000…

     

    Il se trouve que, question répartition aire géographique, les deux sociétés- culture- civilisation, ont eu à peu près occupé les mêmes espaces, c’est à dire, en gros, du Sud Ouest de la France côte atlantique jusqu’en Sibérie méridionale et pour ainsi dire asie centrale méridionale en passant par le Périgord, la Bourgogne, la Franche Comté, puis au-delà du massif de la Forêt Noire, en Bavière le long de l’arc Alpin, l’Europe de l’Est et centrale, des deux côtés du Danube jusqu’à la mer Noire, ainsi que dans ce qui est aujourd’hui la Roumanie, la Bulgarie, l’Ukraine, et au-delà de la mer Noire vers la mer Caspienne… Quoique pour les Solutréens ils ont été davantage que les Gravettiens, concentrés le long du Danube (et forts présents dans le Périgord, en France, dans le Sud Ouest aquitain bord de l’océan atlantique, en Franche Comté)… Et peut-être plus mobiles dans leurs déplacements plus ou moins lointains et ayant réussi à franchir des glaciers tels que par exemple celui du massif Vosges-Forêt Noire par des « vallées- fractures » ou par des passages praticables dans le glacier… Afin de continuer leur progresssion le long du Danube…

     

    Il faut aussi savoir que, les Gravettiens tout comme les Solutréens, donc pour les premiers de -35 000 à -23 000 et pour les seconds de -22 000 à -17 000 ; ont vécu durant la dernière glaciation dite de Wurm (entre -80 000 et – 20 000/-17 000 avec un maximum d’extension et de froid vers -45 000) laquelle glaciation a connu des périodes intermédiares de recul plus ou moins modéré ; et qu’à cette époque là le tracé des côtes de l’Europe Occidentale était différent de celui d’aujourd’hui, par exemple la côte aquitaine océanique s’étendait plus vers l’ouest de 100 ou même 200 kilomètres , et que le front de la banquise constituait une véritable et haute barrière (Danemark, Allemagne du Nord, Russie septentrionale), que la température moyenne de l’hémisphère nord de la planète en zone de latitude moyenne était de 6 degrés inférieure à ce qu’elle est aujourdhui, que l’on rencontrait alors moins de forêts, davantage d’espaces herbeux à perte de vue durant la saison printemps été, et que la flore et la faune étaient très différents de ce que l’on voit aujourd’hui (grands animaux, mammouths, rhinocéros laineux, bisons des steppes, bœufs musqués, grizzlis, lions, multitudes de chevaux, ours, loups, renards, canidés, félins, lynx, etc. – de véritables hordes )… Et que les habitats privilégiés des Gravettiens puis ensuite des Solutréens étaient ceux situés autour et le long des vallées fluviales, là où l’on trouvait des cavernes aménageables en habitations, en Périgord, France Comté par exemple…

     

     

    Ce qui est sûr, absolument sûr, c’est qu’en ce qui concerne les « Têtes Plates » (les Néandertaliens) dont il est question dans « les enfants de la Terre », qui sont censés, selon l’histoire, voisiner avec les Sapiens, ils ne peuvent en aucun cas avoir été contemporains des Solutréens ( entre -22 000 et -17 000) puisqu’à cette époque là depuis plus de dix mille ans il n’y avait plus aucun Néandertalien sur Terre.

     

    En conséquence, ces « Têtes Plates » de l’histoire de Jean M. Auel, ne peuvent, chronologiquement, qu’avoir été les derniers Néandertaliens encore présents il y a 35 000 ans (et alors contemporains des premiers Gravettiens)…

     

    Donc dans Le clan de l’ours des cavernes, Iza la « maman adoptive Néandertalienne » qui recueille et sauve Ayla (une jeune enfant de 6 ans Sapiens) : cela ne cadre avec la réalité que si les peuples Sapiens du livre sont ceux qui vivaient en Eurasie il y a 35 000 ans : les Gravettiens (ainsi que les autres peuples apparentés, de dénominations diverses – tous ayant été des Sapiens de cette époque)…

     

    Reste, et c’est là que réside « une certaine ambiguité » à propos de ce récit, que les Gravettiens étaient « moins développés » culturellement, dans la technique de taille de la pierre, dans les réprésentations graphiques (l’art pariétal), dans la fabrication d’outils, objets utilitaires ou décoratifs… Que ne le furent 10 000 ans plus tard, les Solutréens…

     

    C’est bien là que l’auteur, à mon sens, « assimile » les Gravettiens aux Solutréens en leur prêtant une culture, une évolution technologique de taille de la pierre et de la représentation graphique (art pariétal) qui sont celles des Solutréens (et non pas -du moins pas tout à fait- celle des Gravettiens prédecesseurs des Solutréens) … Et que, chronologiquement, à l’époque des Solutréens, il n’existait plus aucun Néandertalien sur Terre…

     

    Autrement dit les « Têtes Plates » ça cadre avec des Sapiens d’il y a 35 000 ans qui sont des Gravettiens (et donc pas avec les Solutréens) … Mais l’art pariétal, la culture, la technique de taille de la pierre, évoqués dans ces livres, cadreraient plutôt avec l’époque Solutréenne… (L’on ne prend pas vraiment conscience de cela en lisant ces livres, même pour des gens qui savent que les Néandertaliens ont disparu progressivement entre -40 000 et – 30 000)…

     

    Enfin il y a – cela apparaît dans le dernier livre « Le pays des grottes sacrées » - une erreur commise par l’auteur : le propulseur – lance sagaie inventé et fabriqué par Jondalar (c’est ce qu’on découvre dans le livre) n’est ni de l’époque Solutréenne et encore moins de l’époque Gravettienne : cette arme pour chasser le gros gibier ( le propulseur lance-sagaie) est de l’époque des Magdaléniens qui eux, vivaient entre – 17 000 et – 10 000 et furent le dernier peuple Sapiens du Paléolithique Supérieur, le plus évolué par rapport à ses prédécesseurs dans la technique de taille de la pierre, de la fabrication d’outils et d’armes…

     

    Reste en ce qui concerne cette « œuvre monumentale en six livres », la dimension romanesque, la « crédilité » tout de même, du fait des recherches et des études faites par l’auteur, qui « collent avec la réalité historique (en partie)… Et, il faut le dire « avec quelques arrangements »…

     

     

    NOTE :

     

    J’imagine que, dans les écoles – aux USA mais pas seulement – où l’enseignement (notamment l’Histoire) se fonde sur le créationisme (donc la Bible)… Cette « monumentale saga des Enfants de la Terre de Jean M.Auel » ne « doit pas trop être en odeur de sainteté » (rire)…

     

    Et… Avec ce « Laramar » fabricant et pourvoyeur de « barma » - boisson alcoolisée- dont il est question dans Les enfants de la Terre, l’on réalise que de tous temps, il a toujours existé des êtres malfaisants, aux comportements exécrables, dominateurs, brutaux… tout comme chez les « Têtes Plates » - les Néandertaliens- ce « Broud » personnage lui aussi, tout aussi brutal et dominateur…

     

    Et encore « idem » pour l’obscurantisme enraciné, pour le fanatisme absolu de certains personnages avec lesquels aucun dialogue n’a jamais été et ne sera jamais possible, avec lesquels toute « ouverture d’esprit dans la meilleure volonté du monde » ne « changera jamais quoi que ce soit » et se révèlera – on l’a toujours constaté - « contre-productif »…

     

    L’ « éternel combat » en somme, de la lumière et de la clarté contre l’ombre et l’obscurité ou le Mal et le Bien – en dépit du fait que l’on puisse se situer culturellement, « philosophiquement parlant » au-delà ou indépendant du manichéisme…