… Le destin « romanesque » - et surtout dramatique – d’une famille juive – un couple et ses trois enfants- à partir de leur fuite de la Russie bolchevique de 1918 jusqu’à leur disparition – l’homme, sa femme et deux de leurs enfants – à Auschwich en 1942, en passant par la Lettonie, la Pologne, la Palestine du temps du mandat britannique, et enfin, Paris et la Normandie, les années 1939 à 1942 de la seconde guerre mondiale dans la France du maréchal Pétain…
Un récit bouleversant…
Dans un « monde humain « normal » (c’est à dire dans toutes ses composantes ou dans tout ce que l’on peut considérer comme étant « normal » en matière de rapport humain en bien ou en mal)… Il est « impensable » - absolument terrifiant et dans une dimension inimaginable- que dans l’Histoire des hommes et des femmes de cette Terre, une Histoire qui compte vingt, trente millénaires d’existence depuis le Paléolithique Supérieur, il ait pu exister une époque – de quelques années- au 20 ème siècle de « l’Ère Chrétienne », où il se soit passé ce qui s’est passé : ce qu’ont subi les juifs de France et d’Europe, dans une horreur aussi absolue, dans une telle extermination de masse de plus de 6 millions de personnes – des êtres humains…
Il est « impensable » aussi, pour une personne humaine « normale » qui est « ce qu’elle est en bien et en mal », que dans notre pays la France, la France de 1789 de la Déclaration des Droits de l’Homme et de son Histoire jusqu’au 17 juin 1940, la France qui était le pays d’Europe accueillant le mieux les juifs (du moins la moitié de sa population ou presque) … Il ait pu se passer, sous le gouvernement de Vichy en collaboration avec l’occupant nazi, ce qu’ont subi les juifs sur le territoire même de la France dans des centres d’internement avant transfert vers les camps de la mort ; dans les villes avec les rafles, l’obligation de porter l’étoile jaune, les pancartes « interdit aux juifs » à l’entrée des jardins publics, lieux de loisirs et de spectacle cinéma théâtre, la spoliation de tous les biens des juifs, leur exclusion de toute fonction publique et de certains métiers, des arts, de la littérature, de la musique en tant que compositeurs, écrivains, artistes… Tout cela concernant non seulement dans la France de Pétain et de Laval, les juifs étrangers mais aussi les juifs français (naturalisés Français)…
« Impensable, inimaginable » ! Et pourtant cela s’est passé ! Dans une horreur absolue et dans notre pays la France ! Et avec une grande partie de la population toutes composantes sociales confondues, ralliée au maréchal Pétain « chef de l’État Français » (la France ayant alors cessé d’être une République)…
« Je ne savais pas » n’est pas possible ! Vu ce dont les gens étaient témoins lors des rafles, lors des arrestations, lors des persécutions, lors des assassinats en pleine rue « une balle dans la tête »…
Ces « gens » âgés en 1940, 1942, de la France de Vichy, dont les plus jeunes à l’époque n’avaient pas 20 ans, sont tous aujourd’hui en 2026, morts, les cimetières en sont pleins…
Mais il y a les vivants d’aujourd’hui, au sujet desquels on peut se poser « certaines questions »…
Dans ce roman l’on réalise aussi ce que signifie «être juif » - et ce que veut dire le mot « juif » - dans une vie, dans un monde, dans une société laïque (ou qui s’apparente en plus ou moins grande partie à une société, une vie, un monde laïque)…
Car l’idée que l’on se fait – que beaucoup se font- des juifs, tient à la Kippa, à la fréquentation de la Synagogue, au port d’une grande barbe noire, à « pas de feu le samedi », à tout ce qui a trait à la pratique de la religion…
En Israël même, seulement 6 % de la population est pratiquante de la religion ; et il en est de même de tous les juifs de la planète au 21ème siècle…
Aujourd’hui on est juif comme on est chrétien, catholique, musulman… C’est à dire « par tradition, de naissance, sans pratique religieuse même si l’on se marie à la Synagogue, à l’Église, à la Mosquée (et l’on s’enterre)…
Il n’y a que les fanatiques, les intégristes, qui « posent problème » , et ceux- là, il faut pas les laisser occuper la scène publique…
Le juif de 1942 en France ou en Pologne, il était laïque en majorité même s’il se conformait à quelques pratiques ancestrales…
L’Ephraïm du roman d’Anne Berest, lui, il était « laïque à cent pour cent » ! Et ses trois enfants Noémie, Myriam et Jacques, également…
Des films documentaires sur la rafle du vel’d’hiv du 16 juillet 1942 à Paris, sur les camps de Drancy, de Pithiviers et de Beaune -la- Rolande ont été maintes fois diffusés, présentés à la télé, au cinéma…
Les images étaient « insoutenables »…
Mais ce qui décrit, minutieusement et très précisément décrit dans tous les détails, par Anne Berest dans son livre, dépasse de loin ce que l’on voit dans les films documentaires…
Les conditions effroyables, inimaginables, de saleté, de violences, de brutalité, de traitements ignobles, de manque total d’hygiène, de privation d’eau, de lait et de langes pour les bébés, les tinettes qui débordent, la chaleur étouffante en été, la froidure en hiver, les mouches, les rats, les poux, le typhus, la dysenterie, etc. … dans lesquelles furent traités des êtres humains, des bébés, de jeunes enfants, des femmes, des vieillards, des hommes… Dans ces camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande où mères et enfants étaient séparés… Ces camps Français du régime de Vichy de Pétain et de Laval et de sa police, de sa gendarmerie, de son administration…
Avec ce livre « La carte postale » d’Anne Berest, « on bat le film du Vel’d’Hiv de très loin à la course » ! Avec des mots, des phrases, plus encore qu’avec des photos et avec des images… Et c’est bien là que l’on mesure la puissance de l’écrit par rapport à l’image !
« Les Télés sont comme des enfants de chœur avec leurs séquences filmées, en face de la Littérature lorsque les pires des démons sont les protagonistes de l’histoire ou du récit raconté »…
Mais il faut dire aussi que la Littérature (et c’est tout également là sa vocation) n’a pas, n’a jamais eu et n’aura jamais son pareil… Pour extraire du « tableau raté » du monde, toute la beauté du monde… Plus et mieux encore que ne peuvent le faire les yeux avec le regard, et les photographies, les images, les films des cinéastes…
Nous serons finalement sauvés par la beauté du monde quand bien même nous ne la verrions jamais de nos yeux !
… Pour donner « une idée précise » concernant les violences et brutalités commises par des policiers et gendarmes Français (oui Français) dans les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande en juillet 1942 :
Dans des wagons de marchandises fermés – 8 chevaux/40 hommes mais en l’occurrence 80 hommes femmes et enfants – le train ne partant pas avant plusieurs heures d’attente sous une chaleur accablante, à l’intérieur des wagons, des gens passaient leurs doigts et leurs mains au travers des planches du wagon en suppliant que l’on leur donne à boire… Et les gerndarmes Français, alors, frappaient les doigts et les mains à coups de crosse de leurs fusils…
Dans les files d’attente pour monter dans les trains, les gens devaient se délaisser de leurs objets précieux, de leur argent ; les femmes de leurs bijoux, boucles d’oreille, bracelets…
Et quand les femmes n’allaient pas assez vite pour se débarrasser de leurs bagues, boucles d’oreille et autres petits objets auxquelles elles tenaient ; les gendarmes leur arrachaient directement du lobe de leur oreille, la boucle !
Ces trains – il y en avait au moins un par jour, de quelque mille personnes – Partaient directement des gares de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande pour rejoindre en 3 jours et 3 nuits, le camp d’extermination d’Auschwitz, passant par 53 gares…
Ces policiers, ces gendarmes Français, de 1942 du régime de Vichy, sont en 2026 tous morts et leurs enfants – leurs fils et filles- ainsi que leurs petit-enfants sont les descendants de ces policiers et gendarmes de 1942…
