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Livre

  • La carte postale, roman d'Anne Berest, Grasset, 2021

    Le destin « romanesque » - et surtout dramatique – d’une famille juive – un couple et ses trois enfants- à partir de leur fuite de la Russie bolchevique de 1918 jusqu’à leur disparition – l’homme, sa femme et deux de leurs enfants – à Auschwich en 1942, en passant par la Lettonie, la Pologne, la Palestine du temps du mandat britannique, et enfin, Paris et la Normandie, les années 1939 à 1942 de la seconde guerre mondiale dans la France du maréchal Pétain…

    Un récit bouleversant…

     

    Dans un « monde humain « normal » (c’est à dire dans toutes ses composantes ou dans tout ce que l’on peut considérer comme étant « normal » en matière de rapport humain en bien ou en mal)… Il est « impensable » - absolument terrifiant et dans une dimension inimaginable- que dans l’Histoire des hommes et des femmes de cette Terre, une Histoire qui compte vingt, trente millénaires d’existence depuis le Paléolithique Supérieur, il ait pu exister une époque – de quelques années- au 20 ème siècle de « l’Ère Chrétienne », où il se soit passé ce qui s’est passé : ce qu’ont subi les juifs de France et d’Europe, dans une horreur aussi absolue, dans une telle extermination de masse de plus de 6 millions de personnes – des êtres humains…

     

    Il est « impensable » aussi, pour une personne humaine « normale » qui est « ce qu’elle est en bien et en mal », que dans notre pays la France, la France de 1789 de la Déclaration des Droits de l’Homme et de son Histoire jusqu’au 17 juin 1940, la France qui était le pays d’Europe accueillant le mieux les juifs (du moins la moitié de sa population ou presque) … Il ait pu se passer, sous le gouvernement de Vichy en collaboration avec l’occupant nazi, ce qu’ont subi les juifs sur le territoire même de la France dans des centres d’internement avant transfert vers les camps de la mort ; dans les villes avec les rafles, l’obligation de porter l’étoile jaune, les pancartes « interdit aux juifs » à l’entrée des jardins publics, lieux de loisirs et de spectacle cinéma théâtre, la spoliation de tous les biens des juifs, leur exclusion de toute fonction publique et de certains métiers, des arts, de la littérature, de la musique en tant que compositeurs, écrivains, artistes… Tout cela concernant non seulement dans la France de Pétain et de Laval, les juifs étrangers mais aussi les juifs français (naturalisés Français)…

     

    « Impensable, inimaginable » ! Et pourtant cela s’est passé ! Dans une horreur absolue et dans notre pays la France ! Et avec une grande partie de la population toutes composantes sociales confondues, ralliée au maréchal Pétain « chef de l’État Français » (la France ayant alors cessé d’être une République)…

     

    « Je ne savais pas » n’est pas possible ! Vu ce dont les gens étaient témoins lors des rafles, lors des arrestations, lors des persécutions, lors des assassinats en pleine rue « une balle dans la tête »…

    Ces « gens » âgés en 1940, 1942, de la France de Vichy, dont les plus jeunes à l’époque n’avaient pas 20 ans, sont tous aujourd’hui en 2026, morts, les cimetières en sont pleins…

    Mais il y a les vivants d’aujourd’hui, au sujet desquels on peut se poser « certaines questions »…

     

    Dans ce roman l’on réalise aussi ce que signifie «être juif » - et ce que veut dire le mot « juif » - dans une vie, dans un monde, dans une société laïque (ou qui s’apparente en plus ou moins grande partie à une société, une vie, un monde laïque)…

    Car l’idée que l’on se fait – que beaucoup se font- des juifs, tient à la Kippa, à la fréquentation de la Synagogue, au port d’une grande barbe noire, à « pas de feu le samedi », à tout ce qui a trait à la pratique de la religion…

    En Israël même, seulement 6 % de la population est pratiquante de la religion ; et il en est de même de tous les juifs de la planète au 21ème siècle…

    Aujourd’hui on est juif comme on est chrétien, catholique, musulman… C’est à dire « par tradition, de naissance, sans pratique religieuse même si l’on se marie à la Synagogue, à l’Église, à la Mosquée (et l’on s’enterre)…

    Il n’y a que les fanatiques, les intégristes, qui « posent problème » , et ceux- là, il faut pas les laisser occuper la scène publique…

     

    Le juif de 1942 en France ou en Pologne, il était laïque en majorité même s’il se conformait à quelques pratiques ancestrales…

    L’Ephraïm du roman d’Anne Berest, lui, il était « laïque à cent pour cent » ! Et ses trois enfants Noémie, Myriam et Jacques, également…

     

    Des films documentaires sur la rafle du vel’d’hiv du 16 juillet 1942 à Paris, sur les camps de Drancy, de Pithiviers et de Beaune -la- Rolande ont été maintes fois diffusés, présentés à la télé, au cinéma…

    Les images étaient « insoutenables »…

    Mais ce qui décrit, minutieusement et très précisément décrit dans tous les détails, par Anne Berest dans son livre, dépasse de loin ce que l’on voit dans les films documentaires…

    Les conditions effroyables, inimaginables, de saleté, de violences, de brutalité, de traitements ignobles, de manque total d’hygiène, de privation d’eau, de lait et de langes pour les bébés, les tinettes qui débordent, la chaleur étouffante en été, la froidure en hiver, les mouches, les rats, les poux, le typhus, la dysenterie, etc. … dans lesquelles furent traités des êtres humains, des bébés, de jeunes enfants, des femmes, des vieillards, des hommes… Dans ces camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande où mères et enfants étaient séparés… Ces camps Français du régime de Vichy de Pétain et de Laval et de sa police, de sa gendarmerie, de son administration…

     

    Avec ce livre « La carte postale » d’Anne Berest, « on bat le film du Vel’d’Hiv de très loin à la course » ! Avec des mots, des phrases, plus encore qu’avec des photos et avec des images… Et c’est bien là que l’on mesure la puissance de l’écrit par rapport à l’image !

    « Les Télés sont comme des enfants de chœur avec leurs séquences filmées, en face de la Littérature lorsque les pires des démons sont les protagonistes de l’histoire ou du récit raconté »…

     

    Mais il faut dire aussi que la Littérature (et c’est tout également là sa vocation) n’a pas, n’a jamais eu et n’aura jamais son pareil… Pour extraire du « tableau raté » du monde, toute la beauté du monde… Plus et mieux encore que ne peuvent le faire les yeux avec le regard, et les photographies, les images, les films des cinéastes…

     

    Nous serons finalement sauvés par la beauté du monde quand bien même nous ne la verrions jamais de nos yeux !

     

    Pour donner « une idée précise » concernant les violences et brutalités commises par des policiers et gendarmes Français (oui Français) dans les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande en juillet 1942 :

    Dans des wagons de marchandises fermés – 8 chevaux/40 hommes mais en l’occurrence 80 hommes femmes et enfants – le train ne partant pas avant plusieurs heures d’attente sous une chaleur accablante, à l’intérieur des wagons, des gens passaient leurs doigts et leurs mains au travers des planches du wagon en suppliant que l’on leur donne à boire… Et les gerndarmes Français, alors, frappaient les doigts et les mains à coups de crosse de leurs fusils…

    Dans les files d’attente pour monter dans les trains, les gens devaient se délaisser de leurs objets précieux, de leur argent ; les femmes de leurs bijoux, boucles d’oreille, bracelets…

    Et quand les femmes n’allaient pas assez vite pour se débarrasser de leurs bagues, boucles d’oreille et autres petits objets auxquelles elles tenaient ; les gendarmes leur arrachaient directement du lobe de leur oreille, la boucle !

    Ces trains – il y en avait au moins un par jour, de quelque mille personnes – Partaient directement des gares de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande pour rejoindre en 3 jours et 3 nuits, le camp d’extermination d’Auschwitz, passant par 53 gares…

    Ces policiers, ces gendarmes Français, de 1942 du régime de Vichy, sont en 2026 tous morts et leurs enfants – leurs fils et filles- ainsi que leurs petit-enfants sont les descendants de ces policiers et gendarmes de 1942…

     

     

     

  • Nicolas II, d'Henri Troyat

    L’Empire Russe en 1913 – du temps, donc de Nicolas II le dernier Tsar, et cela depuis la fin du 19 ème siècle, était, après les États Unis d’Amérique et l’empire Allemand de Guillaume II, la 3 ème économie mondiale, par son déceloppement et par sa puissance industrielle, ses ressources naturelles, productions agricoles dont blé… Et aussi avec sa population humaine ayant atteint jusqu’à 175 millions de personnes, sur un territoire immense (le plus grand pays, en surface géographique, de la planète)…

     

    3 ème économie mondiale oui, certes, mais… Une énorme disproportion, « indécente » - et par certains côtés « surréaliste » » entre les privilégiés et les masses populaires – les paysans et les ouvriers…

     

    La révolution Russe de 1917 – celle de février puis celle d’octobre – historiquement parlant- (il ne faut pas l’oublier) a été précédée par une trentaine d’années – depuis 1890 – d’agitation tumultueuse, « pré-révolutionnaire » en quelque sorte, d’attentats, de grèves , dans le contexte d’une société bourgeoise et aristocratique qui « pétait dans ses dentelles et dans ses écus », dans ses orgies et dans ses fêtes, complètement délitée et immorale, et faite d’intrigues et de scandales… (Soit dit en passant « comparable à l’époque du Directoire en France entre 1795 et 1799)…

     

    Il faut noter aussi l’emprise -énorme- impactant l’ensemble de la société russe d’avant 1917, de la religion – Chrétienne Orthodoxe- avec ses fastes, ses décors, ses icônes, ses rites ; tout son obscurantisme, toutes ses dérives, et ses turpitudes…

    Et l’exécrabilité d’ Alix de Hesse, la tsarine, épouse de Nicolas II ( Alexandra Fedorovna) ; influencée par Raspoutine, l’un des personnages les plus hideux de toute l’histoire humaine…

     

    Ce hideux personnage, Raspoutine, a bien « mérité » la mort qu’il a eu : empoisonné au cyanure en absorbant « goulûment » des patisseries, et demeurent debout les yeux ouverts et continuant à parler, il reçoit d’abord une balle dans le ventre, traverse un jardin jusqu’à la grille, puis reçoit une 2ème balle dans la tête, s’écroule, encore vivant et pour finir les 3 acolytes qui l’ont piégé lui assènent des coups de matraque, l’enroulent dans une toile cirée et le conduisent sur un pont au dessus de la Néva, et le précipitent dans l’eau de la Néva gelée, le corps flottant entre les blocs de glace…

     

    Quant à Nicolas II, emprisonné à Ekaterinenbourg avec sa femme, ses filles, son fils et de quelques derniers domestiques, « normalement » il devait être jugé à Moscou, mais, les troupes des « Blancs » avançant et menaçant Ekaterinenbourg, les gardes, sur l’ordre de Lénine, fusillent Nicolas II, son fils, ses filles et sa femme ainsi que les domestiques, dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918… Puis transportent les corps qu’ils arrosent d’acide sulfurique, qu’ils mutilent, écraboullant leurs visages et abandonnent près d’un puits…

     

    Que ce soit avec la Terreur en France, en 1793/1794 ou avec la révolution russe – celle d’octobre 1917 – ou encore lors d’autres changements de régime par une révolution ; l’extrême violence (celle qui fait de nombreuses victimes, de morts) est « une étape nécessaire »… Qui est, oui un drame… Toujours…

    Mais le véritable drame en fait, c’est au-delà du passage par la violence, le maintien de la violence dans la durée et c’est cela qui est le plus inquiétant, le plus inacceptable…

     

     

  • Le pain rouge, de Marie-Paul Armand

    Marie-Paul Armand est une auteur écrivain romancière Française, de la région du Nord, qui, après des études universitaires à la faculté de Lille, enseigna les mathématiques à l’école publique durant dix ans, et s’engagea dans l’écriture…

    Elle est née le 14 août 1946 et décédée le 7 octobre 2011 ; a publié son 1er livre en 1985 « La poussière des corons », puis « le vent de la haine » en 1987, « les nouvelles du Nord » en 1998, « l’enfance perdue » en 1999, « un bouquet de dentelles » en 2001, « le cri du héron » en 2004…

    « Le pain rouge » est son 3ème roman, publié en 1989…

     

    Dans ce livre « Le pain rouge », Marie-Paul Armand fait le récit de ce qu’ont été dans les villages des campagnes du département du Nord, les années de la Révolution Française entre 1789 et après 1795…

     

    Il ressort de ce récit – à mon sens- que ces années de la Révolution Française, en 1789 au moment de l’établissement des « cahiers de doléances », puis avec l’Assemblée Constituante, suivie de la Convention et enfin du Directoire, avec les décrets dont il était fait lecture jusque dans les villages des provinces françaises, ont eu en général beaucoup plus d’impact (ont pesé davantage) dans les villes, que dans les campagnes ; en ce sens que, plus la population était nombreuse (comme à Paris et autour de Paris à l’époque) ainsi que dans les grandes villes et dans les villes moyennes – Dans le Nord Arras, Cambrai, Douai entre autres- et plus en conséquence les gens étaient « aux premières loges », impliqués et agissant… Alors que dans le fin fond des campagnes, dans les villages, il n’en était pas du tout de même, car les « nouvelles » n’arrivaient que quelques semaines plus tard, ne faisant état que de l’essentiel (et du plus marquant ou contraignant)… Et de ce fait, l’emprise des changements et des décisions survenant, de l’Assemblée Nationale, de la Convention, siégeant à Paris, était moins forte, moins prégnante que dans les grandes villes (à l’exception toutefois surtout en 1793 et en 1794, de la lutte menée par les révolutionnaires contre la religion, contre les traditions liées à la religion ; ce qui dans les campagnes était très mal ressenti…

     

    Ce qui est « frappant » aussi – et qui « à mon sens ne m’a guère étonné »- c’est cet engouement autant provoqué qu’entretenu, pour la « cause », d’une majorité assez large de la population française en général surtout des villes, des zones densifiées d’habitat… À tel point que durant la période de la Terreur entre octobre 1793 et début juillet 1794, les gens du commun venaient assister « comme au spectacle » aux exécutions et que, pratiquement au pied même de la guillotine, des marchands de boissons et de fanfreluches, s’installaient ; que les gens « comme un seul homme » criaient « à bas les aristocrates » et autres invectives et insultes à l’adresse des condamnés menés à l’échafaut… (Les femmes n’étant point loin s’en fallait les dernières à vociférer, à crier et insulter ; pourtant mères qu’elles étaient pour bon nombre d’entre elles!)…

    Il y avait d’ailleurs, organisé, prévu par les autorités en place chargées d’appliquer les décrets durant la Terreur, des gens qui étaient payés pour « crier insulter » …

     

    C’est fou ce que de tout temps, sous tous les régimes, il y eut, il y a, toujours (c’est une réalité), une majorité de gens « servant ou adhérant à une cause, à un ordre établi ; un courant d’opinion publique majoritaire – souvent entretenu par les tenants de l’Ordre… C’est « assez désespérant » de constater cela !

     

    « J’ai dans l’idée » que si j’avais vécu à cette époque là, adulte âgé de 30/40 ans entre 1789 et 1795, étant « ce que je suis aujourd’hui », et pour peu que j’eûsse pu diffuser autour de moi des « écrits iconoclastes et contestataires assez critiques de l’ état social et des différents régimes et ordres en place », j’aurais sans doute été « un anarchiste de tendance girondine » et assez certainement destiné à figurer sur une liste de suspects… Et guillotiné ! ( Et ce n’est point ma vindicte iconoclaste contre la Religion qui eût pu pour autant me sauver)…

     

     

     

  • L'anarchie positive - ou le bon usage de Proudhon, de Michel Onfray ; paru le 29 janvier 2026

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    Michel Onfray décrypte et analyse notre société à la lumière de la pensée de Proudhon, pensée selon laquelle détruire, poser des bombes, ériger des barricades, tuer… Ou même discuter de l’anarchie et des anarchistes, ou encore rêver d’un « tout autre ordre du monde » et cela dans des salons, dans des cafés, dans des bureaux, dans la rue, la plupart du temps dans l’aisance, dans le confort, connecté de nos jours à tout ce qui se passe dans le monde (très mal connecté d’ailleurs du fait des « fake news »)…

    N’est pas l’anarchie.

    Proudhon osant ce que Michel Onfray appelle « l’anarchie positive »… Ce terme « anarchie positive » étant celui, employé par Proudhon lui-même, et repris par Michel Onfray…

     

    Pierre Joseph Proudhon né le 15 janvier 1809 et mort le 19 janvier 1865, fut un polémiste, un journaliste, un économiste, un philosophe, un homme politique, un sociologue Français ; issu d’un milieu familial très modeste ( ce qui n’est pas le cas de Karl Marx ni de Engels que Proudhon a côtoyés)… Qui n’a point fait d’études universitaires, autodidacte qu’il fut, d’ailleurs jeune enfant, il « gardait des vaches »…

     

    La production écrite de Proudhon est immense et tiendrait assurément en plusieurs volumes de La Pléiade, de plus de mille pages chacun…

     

    Un extrait de ce livre de Michel Onfray :

     

    « Il rédige (Proudhon) un projet de ce qu’il faudrait faire … et plus loin … En s’attaquant à la population faite de maquereaux, de souteneurs, de prostituées, de voleurs, de violeurs, d’ivrognes »…

     

    ( L’on pourrait dire que de nos jours comme par le passé, les voleurs sont les très grands possédants d’une part, très minoritaires en nombre de personnes sur Terre ; et tous les petits et grands voyous des trafics de stupéfiants, d’objets volés et d’armes, caïds de quartier, d’autre part)…

     

    Plus loin encore - à propos des périodes révolutionnaires que la France a connues de la fin du 18 ème siècle jusqu’au début de la 3ème république :

     

    « … Des évêques bénissent des arbres de la liberté ; des ouvriers crient « vive le pape » ; les insurgés transforment le Christ en révolutionnaire ; ils organisent des processions dans lesquelles Jésus est un ouvrier, un plébéien, un socialiste ; on promeut un nouveau concept : « le socialisme chrétien » ; les premiers chrétiens deviennent des inventeurs du communisme ; les banquets populaires sont des grands lieux de convivialité politique ; les droits de l’homme de 1789 paraissent soudain compatibles avec le projet chrétien - la fraternité républicaine n’est-elle pas l’amour du prochain chrétien ?

    Les assemblées, les meetings, les réunions, les rencontres, les clubs, les cortèges pullulent, le tout dans une atmosphère électrique ; la populace chante dans la rue, avinée, derrière les drapeaux rouges ; tout le monde parle à tout le monde.

    On imagine que cette bacchanale politique, ce défilé de Dyonisos dans les rues de Paris, ces fêtes populaires baptisées au vin rouge, cette convocation d’un Jésus affublé d’une panoplie de sans-culotte, ces arbres décorés avec drapeaux, fanions, rubans, plantés en pleine ville…

    Tout cela ne pouvait plaire à Proudhon, moine soldat de la Justice, combattant austère de la morale et des vertus »…

     

    Cette vision de l’anarchie et des anarchistes… Ou cette vision de ce que « doit être » une révolution…

    Cette vision de l’homme révolté – mais révolté dans le sens attribué communément à la révolte…

    N’est pas, n’a rien à voir avec l’idée que personnellement je me fais de l’anarchie, ou de quelque projet révolutionnaire que ce soit !

    La révolte qui est la mienne n’est pas celle qui a cours selon les vues du monde, et qui se cristallise, se communautarise, exclue, sépare, assassine… Et enfante les régimes autoritaires, les faschismes, les Poutine, les Gardiens de la Révolution iranienne, l’Islamisme radical … Et « d’une certaine manière des Trump !

    Elle est cette révolte, d’une toute autre dimension et se situe au-delà des régimes politiques, des idéologies et des religions !

    Elle est aussi, cette révolte, proche de celle de « L’homme révolté » d’Albert Camus…

     

    NOTE : en France les collèges et les lycées Pierre Joseph Proudhon, « ne courent pas les rues » : il existe bien un collège Pierre Joseph Proudhon à Besançon, mais aucun lycée du même nom nulle part en France…

    Des collèges « Georges Brassens » oui on en trouve ainsi que des collèges Léo Lagrange…

    Mais « il faut croire » que l’œuvre et que la vie de Pierre Joseph Proudhon « ne figurent guère en haut lieu des programmes de l’Education Nationale » !

     

     

     

  • Albert Londres, vie et mort d'un grand reporter, 1882-1932, de Pierre Assouline

    Comment mieux « résumer » l’œuvre d’Albert Londres qu’en citant cette pensée de lui, qui fut tout au long de son activité de journaliste, reporter et correspondant de guerre en de si nombreux pays, de 1914 à 1932… Le fondement même de son œuvre :

     

    « Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus que de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie »

     

    Ce que doit être le journalisme pour Albert Londres, c’est aussi ce que doit être la littérature – la poésie, la prose, le texte, l’article, la note, l’anecdote, le récit, le roman, l’essai – pour un écrivain, un romancier, une femme, un homme d’écriture…

     

    Confrontés que nous sommes à ce qui se passe autour de nous, au plus proche comme au plus lointain et pour autant que nous nous trouvions là où ça se passe, que nous pouvons préciser et situer dans le temps et dans l’espace, pour autant que nous nous souvenions, pour autant encore et aussi que nous l’ayons appris et vérifié selon les sources les plus fiables, les plus sûres ou les moins corrompues… Témoins que nous sommes de notre époque… Faire œuvre d’écriture – de quelque manière que ce soit, par la poésie, par le roman, par le récit – ce n’est pas faire plaisir, ce n’est pas faire du tort, ce n’est pas agiter comme le fait le marchand ambulant dans la foule de la fête nocturne, le « lézard lumineux »… C’est de dire le vrai, de dénoncer, et aussi… D’extraire du tableau raté, de la beauté…

    Extraire du tableau raté, de la beauté, c’est de plus en plus difficile, mais c’est de plus en plus nécéssaire…

     

    Le vrai et le faux, le mal et le bien, sont entremêlés ; l’« image de marque » ou l’apparence que l’on se donne n’est – c’est selon- qu’en partie seulement, ou assez peu le plus souvent, en conformité avec la « vérité intérieure et profonde en soi ; toutes les libertés que l’on se donne et dont on se réclame – sont malmenées dans cette « double dépendance » qui est la nôtre par rapport à ce qui nous vient d’au delà de nous et par ce qui procède de l’intérieur de nous mêmes…

    Mais c’est bien cela l’exercice, l’œuvre, le travail de toute une vie, dans la condition humaine qui est la nôtre de « tout seul dans sa peau jusqu’à la fin de ses jours » … À accomplir dès lors que l’on devient le témoin qui s’exprime, qui dit, qui raconte… Autrement que ne le fait le « lézard lumineux » agité par le marchand ambulant portant son étalage retenu sur son ventre par des courroies…

     

    De 1914 à 1932… Pas d’internet, pas de numérique, pas d’avions… Mais Les « Chargeurs Réunis » et les « Messageries Maritimes » trois semaines pour Cayenne, un mois Saigon…